À propos

Les livres n’ont pas toujours eu une place centrale dans ma vie. Ma maison familiale ne comportait pas une immense bibliothèque : on ne trouvait que quelques usuels et diverses bandes dessinées.

Je me rappelle pourtant de ces doux moments où mon père et ma mère me lisaient des histoires avant de dormir. J’étais fasciné par l’excitation que me procurait cette étrange chose rectangulaire : lové sous mes draps, j’écoutais avec envie ces histoires lues, et, une fois la lumière éteinte, je gardais en mémoire toutes les images qu’échafaudait mon esprit afin de retarder au maximum mon endormissement, en attendant déjà avec impatience la nuit suivante, synonyme de la poursuite de l’histoire.

Cette ouverture des possibles, ce nouvel horizon ouvert et offert par le livre, je n’ai pas pu m’en défaire. En grandissant, je fréquentais la petite bibliothèque de mon village, et, plus tard, quand j’avais un peu d’argent de poche, je fonçais chez le libraire pour assouvir ce besoin irrésistible, proche parfois de la pulsion, pour acquérir cet objet tant convoité. Bien installé, je fourrais mon nez contre les pages que je faisais claquer avec mon pouce. Mon odorat assouvit, je me laissais entraîner dans l’inconnu.

Bousculer mon imaginaire, voilà ce que je recherchais à l’époque, et que je cherche encore aujourd’hui. Je n’attends pas de la lecture qu’elle me conforte dans ma manière de penser, j’attends d’elle qu’elle m’offre une autre voie possible. Toujours féru de ce compagnon fidèle, je reste un lecteur compulsif. Pas un jour sans ma dose.

Mais la lecture, bien qu’elle soit une pratique solitaire, ne peut se concevoir sans le partage. Une fois la dernière page lue, le livre refermé, on a envi de crier sur tous les toits nos découvertes (si le livre est « bon », évidemment). Fébrilement, on envoie un message à ses amis, on attend avec impatience le prochain apéro pour évoquer ce texte, cet auteur/trice.

L’idée est de continuer ici cette envie. Partager mes coups de coeur, mes dernières trouvailles, voilà simplement et humblement ce que je propose sur ce blog. Mais parce que ce monde est âpre, parce que l’air devient irrespirable, parce que le panorama général tend à s’obscurcir, il me paraît intéressant de proposer de « donner à voir » et d’« ouvrir grandes les fenêtres » (pour citer François Maspero). Par les livres, délivrons nos imaginaires, ou délivrons-nous, tout simplement. C’est pourquoi ces « chroniques de livres critiques » traiteront souvent d’essais, parfois de romans, pour retrouver un imaginaire des possibles qui soit de nouveau désirable. Désirable comme lorsque mes parents me lisaient ces histoires.

Ces livres me permettent de (sur)vivre, tout simplement. Et puisque bien-vivre me paraît-être une chose relativement importante, que puis-je faire d’autre à part vous les proposer ?

Bonne lecture à toutes et à tous !


Un grand merci à Charline, ma compagne, pour son soutien indéfectible, et sa patience devant mes pratiques chronophages. Mais surtout, pour sa grande source d’inspirations et de curiosités qui s’élaborent à travers nos longues discussions.